Quel pansement selon le stade de l’escarre ?
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Nous remercions chaleureusement Morgan DEVOLDER, Infirmier Libéral à Marcq-en-Baroeul, Stéphanie GINGAND Infirmière Libérale à Coings, Bruno LUCAS Infirmier de Pratique Avancée à la Grande Motte et Aline NICOLAS Infirmière Libérale à Toulon, pour la rédaction de cet article.
L'essentiel à retenir
✔ L’escarre est une lésion cutanée d’origine ischémique liée à une compression des tissus mous entre un plan dur et les saillies osseuses.
Elle résulte d'une pression prolongée, souvent associée au cisaillement, à la friction et à un microclimat défavorable.1,5
- Attention: Diagnostic différentiel : l'escarre se développe toujours en regard d'une saillie osseuse. Toute rougeur ou lésion située en dehors d'une zone d'appui doit faire rechercher une autre étiologie.1
- Attention: Une apparition brutale avec une évolution rapide (en 2 à 3 heures) est également évocatrice d'une escarre.2
✔ Le choix du protocole ne dépend pas uniquement du stade de l'escarre, mais également du patient, de son environnement et de ses facteurs de risque.1,2
✔ La décharge constitue la mesure thérapeutique la plus importante.1,2
✔ Les soins locaux reposent sur une évaluation rigoureuse, un nettoyage adapté, la prise en charge des tissus non viables lorsque cela est indiqué et le choix d'un pansement adapté aux objectifs de soin.1,3
✔ Les escarres du talon nécessitent une vigilance particulière :
Attention à ne pas déterger une nécrose sèche en l'absence de l'évaluation du statut vasculaire du patient.1,2
✔ La prise en charge à domicile repose sur la coordination entre les différents intervenants et l'implication de l'entourage.1
Quelle conduite à tenir face à une escarre ?
1) Décharger immédiatement et intensifier les mesures de prévention
Une escarre ne peut cicatriser si la pression persiste.1,2
La décharge doit être mise en place dès l'identification de la lésion :
- Changements de position ;
- Supports adaptés ;
- Décharge spécifique des talons ;
- Limitation du cisaillement.1,5
Comme le rappellent de nombreux cliniciens :
« On peut tout mettre sur une escarre, sauf le patient lui-même.” Dr Raymond Villain
2) Déterminer la nature des lésions : L’escarre est une plaie causée par la compression prolongée des tissus entre un plan dur et les saillies osseuses. Elle se développe « de dedans en dehors », ce qui signifie qu’une grande partie des lésions profondes n’est pas visible au départ.1
3) Repérer les facteurs déclenchants : Le rôle de la pression et de la perte de mobilité est prédominant, mais d’autres facteurs comme le cisaillement (glissement), la friction, la macération, la dénutrition et la déshydratation aggravent le risque ou favorisent la dégradation.1,5
4) Évaluer le risque : Il est recommandé d’associer le jugement clinique des soignants à une échelle de risque validée (comme l’échelle de Braden) dès le premier contact avec le patient, puis de la réévaluer à chaque changement d’état. 1
5) Prévenir l’apparition d’autres escarres et limiter l’extension :
- Changer de position toutes les 2 à 3 heures (en privilégiant au lit la position oblique à 30° plutôt que le décubitus latéral à 90° qui écrase les trochanters) ou le semi-Fowler.1
- Utiliser des supports adaptés (matelas, surmatelas et coussins statiques ou dynamiques).1
- Observer quotidiennement l'état cutané.1
Avant de choisir un protocole ou un pansement : que faut-il évaluer ?
Le choix du protocole et du pansement ne repose jamais uniquement sur le stade de la lésion.1
L'évaluation doit porter sur :
Le patient
- mobilité ;
- état nutritionnel ;
- hydratation ;
- douleur ;
- incontinence ;
- statut vasculaire ;
- autonomie ;
- environnement de vie.
La plaie :
- stade ;
- dimensions ;
- profondeur ;
- décollements ;
- exsudat ;
- état des berges ;
- peau péri-lésionnelle ;
- présence de fibrine ou de nécrose ;
- signes d'infection.
- Importance du suivi iconographique.1
La douleur
La douleur est souvent sous-estimée dans la prise en charge des escarres. Pourtant, elle constitue un élément essentiel de l'évaluation initiale.1,4
Une douleur insuffisamment contrôlée peut compromettre la qualité des soins locaux, limiter la détersion, rendre les changements de position difficiles et altérer l'observance du traitement.4
- EVA (échelle visuelle analogique);
- Doloplus et algoplus pour les patients non-communicants;
- douleur au repos ;
- douleur provoquée ;
- antalgiques avant les soins ;
- réévaluation.
Attention: il est important de repérer des troubles de l’agitation et du sommeil car le patient peut ne pas l’exprimer.1,4
Les spécificités du domicile :
- Changements de position fréquents, parfois difficiles à réaliser : importance de former l’entourage, les auxiliaires de vie, le patient, et d’adapter les supports. Travailler en partenariat avec les autres intervenants à domicile (kinésithérapeute, ergothérapeute) pour maximiser ces changements de position et obtenir des supports adaptés innovants (pharmacien, prestataire de matériel).1
- Automatiser l’envoi d’un SMS pour que le patient puisse prendre un traitement antalgique avant le soin afin de permettre sa bonne réalisation sans douleurs ou l’application d’un topique local (valoriser par la NGAP)
- Coordonner les soins d’escarre avec les auxiliaires de vie et/ou les intégrer aux soins d’hygiène pour plus de confort pour le patient.
- Rougeur ou changement d’aspect de la peau:informer le médecin ou l'infirmière
- Proposer au patient et à son entourage d’intégrer les compléments alimentaires dans des recettes du quotidien (crêpes, gâteaux, pour une meilleure observance et insister sur une bonne hydratation
- Favoriser l’utilisation de fiches ou d’applications de suivi de plaie pour assurer un suivi optimal de l’évolution de l’escarre entre collègues et réajuster le protocole si besoin.
- Utiliser la téléexpertise pour obtenir un avis spécialisé rapide en cas d’escarre profonde. (Exercice coordonné)8
- Information – Prescription infirmière : depuis l’arrêté du 26 juin 2026, l’infirmier est autorisé, dans le cadre de ses activités, à prescrire ou à renouveler les dispositifs médicaux nécessaires à la prévention et au traitement des plaies. Ce droit s’inscrit dans le cadre défini par l’article L. 4311-1 du Code de la santé publique.6,7
Pour les escarres, le texte vise notamment les supports d’aide à la prévention et au traitement (matelas, surmatelas, coussins et cales, selon les technologies énumérées) ainsi que les pansements. La prescription initiale des pansements est limitée à sept jours ; la liste comprend notamment les hydrocellulaires, les hydrofibres, les pansements en fibres à haut pouvoir d’absorption, les pansements à l’argent et les pansements superabsorbants.7
AP-82341-FRA-FRE-v1
Définition: Peau intacte présentant une rougeur localisée, généralement située en regard d’une saillie osseuse, ne blanchissant pas à la pression.
Description Clinique: Sur une peau pigmentée, ce stade peut se manifester différemment : changement de coloration, modification de la température locale et/ou de la consistance des tissus — induration, œdème, etc. —, douleur ou inconfort.
Crédit Photo: Stéphanie Gingand
Définition: Perte partielle de l’épaisseur du derme.
Description clinique :
Ulcération superficielle présentant un lit de plaie rouge ou rose, sans fibrine. Elle peut également se présenter sous la forme d’une phlyctène remplie de liquide séreux ou sérosanglant.
Crédit Photo: Valérie Feller
Définition: Perte tissulaire de pleine épaisseur.
Description clinique:
La graisse sous-cutanée peut être visible, mais les os, les tendons et les muscles ne sont pas exposés. De la fibrine peut être présente sans masquer la profondeur de la perte tissulaire. Des décollements ou des trajets fistuleux peuvent être associés.
Crédit Photo: Jean-Luc Painnot
Définition: Perte tissulaire de pleine épaisseur avec exposition des os, des tendons ou des muscles.
Description Clinique :
De la fibrine ou des tissus nécrotiques peuvent être présents. Des décollements ou des trajets fistuleux peuvent également être associés.
Crédit Photo: Morgan Devolder
Définition : Lésion résultant de forces de cisaillement profondes à l’interface entre l’os et le muscle.
Description clinique : La peau présente une coloration persistante rouge sombre ou violacée ne blanchissant pas à la pression, souvent précédée d’une douleur, d’un engourdissement ou d’une modification de la température. Elle peut également se manifester par une désépidermisation révélant un lit de plaie sombre ou une phlyctène hématique.
Crédit Photo: Morgan Devolder
Définition: Perte tissulaire de pleine épaisseur dont la profondeur ne peut pas être déterminée.
Description clinique:
L’étendue de la perte tissulaire est masquée par de la fibrine et/ou des tissus nécrotiques.
Crédit Photo: Morgan Devolder
Pratiquer les 4 étapes de l’Hygiène des Plaies3
Les soins locaux ont pour objectif de créer un environnement favorable à la cicatrisation tout en limitant les facteurs susceptibles de retarder celle-ci, notamment l'accumulation de débris, de tissus non viables et le développement du biofilm.
Ils doivent être adaptés aux caractéristiques de l'escarre, à son stade d'évolution et au contexte clinique du patient.
1. Nettoyer la plaie
Le nettoyage constitue la première étape des soins locaux.
Il est recommandé de nettoyer la plaie à l'eau et au savon doux, en portant une attention particulière aux zones de décollement, souvent présentes dans les escarres de stade 3 et 4, où des débris et des bactéries peuvent s'accumuler.3
Le nettoyage doit être réalisé à chaque changement de pansement avant et après la détersion.3
2. Déterger lorsque cela est indiqué
La détersion vise à éliminer les tissus non viables (fibrine, nécrose) lorsqu'elle est cliniquement indiquée.
Cette décision doit toujours tenir compte :
- du contexte clinique du patient ;
- du statut vasculaire, notamment pour les escarres du talon ;
- des objectifs thérapeutiques.
Tout instrument utilisé pour la détersion doit être stérile.
Avant toute détersion, il faut éliminer les contre-indications médicales (traitement anticoagulant, artériopathie en présence d’une escarre talonnière, maladie auto-immune, etc.).
3. Prendre en charge les berges et la peau péri-lésionnelle
Les berges décollées, les zones de macération et la peau péri-lésionnelle doivent être systématiquement évaluées.
Tout décollement, même minime, doit faire l’objet d’un nettoyage et d’une détersion minutieuse suivie d’un méchage non compressif à l’aide d’un pansement adapté.
4. Panser pour maintenir un environnement favorable à la cicatrisation
Le choix du pansement constitue la dernière étape des soins locaux.
Il doit permettre de :
- favoriser la détersion autolytique
- gérer les exsudats ;
- maintenir un milieu humide maîtrisé ;
- réduire la charge bactérienne
- protéger les tissus nouvellement formés;
- limiter les phénomènes de frottement et cisaillement.
Le choix du pansement dépend du stade de l'escarre, mais également de l'état du lit de la plaie, du niveau d'exsudat, de la localisation et du contexte clinique du patient.1,3
Certains hydrocellulaires ont démontré leur intérêt dans les protocoles de prévention d’escarre.1,5,9
- Masser/Frictionner quelque soit le stade l’escarre
- Effleurer une rougeur persistante (escarre stade 1).
- Utiliser des antiseptiques sans infection avérée (Cytotoxiques).
- Prendre en soins la lésion sans prise en charge holistique, sans tenir compte du terrain ni de l’environnement du patient.
- Maintenir un protocole de soins sans réévaluation de celui-ci en fonction de la situation du patient.
- Travailler de manière « isolée » et ne pas solliciter un avis spécialisé en cas d’escarre profonde ou de dégradation.
- Attention à ne pas déterger une nécrose sèche en l'absence de l'évaluation du statut vasculaire du patient.1,2
1. National Pressure Injury Advisory Panel, European Pressure Ulcer Advisory Panel, Pan Pacific Pressure Injury Alliance. Prevention and treatment of pressure ulcers/injuries: clinical practice guideline. The International Guideline. 4th ed. Haesler E, editor. 2026 [cited 2026 Aug 11]. Available from: https://www.internationalguideline.com
2. Haute Autorité de santé. Prévention et traitement des escarres de l’adulte et du sujet âgé. Conférence de consensus; 15-16 nov 2001 [Internet]. Saint-Denis La Plaine: HAS; 2001 [cité 1 sept 2026]. Disponible sur: https://www.has-sante.fr/jcms/c_271996/fr/prevention-et-traitement-des-escarres-de-l-adulte-et-du-sujet-age
3. Serantoni-Vasseur P, Barateau M, Le Bihan L, Groc Y. French adaptation of Wound Hygiene in the management of pressure injuries: recommendations from SFE experts. J Wound Care. 2026;35(5):355-364. doi:10.12968/jowc.2026.0126.
4. Girouard K, Harrison MB, VanDenKerkhof E. The symptom of pain with pressure ulcers: a review of the literature. Ostomy Wound Manage. 2008;54(5):30-40, 42.
5. World Union of Wound Healing Societies. Role of dressings in pressure ulcer prevention: consensus document. London: Wounds International; 2016.
6. France. Code de la santé publique. Article L. 4311-1, version en vigueur depuis le 29 juin 2025 [Internet]. Paris: Légifrance [cité 1 sept 2026]. Disponible sur: https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000051820051
7.Arrêté du 26 juin 2026 fixant la liste des produits de santé et examens complémentaires que les infirmiers diplômés d’État sont autorisés à prescrire ou à renouveler. JORF n°0149 du 27 juin 2026, texte n°24 [Internet]. Paris: Légifrance [cité 1 sept 2026]. Disponible sur: https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000054321926
8. Haute Autorité de santé. Qualité et sécurité des actes de téléconsultation et de téléexpertise: guide de bonnes pratiques [Internet]. Saint-Denis La Plaine: HAS; 2019 [cité 1 sept 2026]. Disponible sur: https://www.has-sante.fr/jcms/p_3058484/fr/teleconsultation-et-teleexpertise-guide-de-bonnes-pratiques
9. Société Française de l’Escarre. Checklist pour la prévention des escarres et l’utilisation de pansements hydrocellulaires siliconés multicouches [Internet]. SFE [cité 1 sept 2026]. Disponible sur: https://www.sf-escarre.com/ressources-documentaires/
AP-82341-FRA-FRE-v1
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